Résumé du livre "Thinking fast and slow"

de Daniel Kahnemann

Préambule

C'est un ami américain qui début 2013 m'a adressé le best seller  Thinking Fast and Slow  traduit en français sous le titre Système 1 – Système 2 ; Les deux vitesses de la pensée. Après l'avoir lu je l'ai recommandé à Michel....qui en retour m'a demandé de vous le "résumer"....Normal!

Ce livre écrit par Daniel Kahnemann, Prix Nobel d'économie comportementale ("Behavioral Sciences"), est à l’intersection des deux mondes de l’économie et  de la psychologie.

Je ne suis ni économiste, ni psychologue, et pourtant je suis allé au bout des 504 pages (hors notes), sans difficulté particulière. Aucune démonstration difficile à comprendre, aucune formule mathématique impossible à assimiler....mais un foisonnement d'idées, de concepts, d'exemples, de tests, de recommandations  qui rendent l'ambition de le résumer en 35/40 minutes difficile à atteindre, voire "absurde" (1).

  Plus  qu’un résumé, je vais essayer de vous "présenter" l'ouvrage à partir  des éléments qui tant sur la forme  que sur le fond m'ont, ou  particulièrement intéressé, ou parus représentatifs de ce que l’on peut y trouver, avec le souhait  d'inciter certains d'entre vous à faire l'effort d’en savoir plus.

C'est ainsi qu'après une introduction sur l’auteur et  quelques généralités sur le livre  je vous proposerai d'entrer un peu plus dans le détail, en abordant successivement la forme (1ère partie), le fond (2ème partie), avant de dégager quelques pistes de réflexion susceptibles de rejoindre les préoccupations de notre groupe (3ème partie).

NB : Pour illustrer telle ou telle idée de l'auteur j'ai essayé, chaque fois que possible, de renvoyer à des annexes qui reprennent le texte, quasi intégral du livre. Pour pouvoir respecter le temps, nous ne ferons en général que repérer et  survoler ces annexes ...Ceux qui sont intéressés pourront y revenir et ainsi mieux "entrer" dans le livre.

Introduction : Quelques mots sur l'auteur et sur le livre

L'auteur

Daniel Kahneman (DK) est né le 5 mars 1934, de parents Lituaniens exilés. Il  passe sa première enfance à Paris avant d’émigrer en 1946 en Palestine peu avant la naissance de l’état d’Israël . Il reçoit en 1954 son diplôme de l’Université hébraïque de Jérusalem avec une "Majeure" en psychologie et une "mineure" en mathématique. Après son service militaire il part aux USA pour étudier la psychologie à Berkeley où il obtient son doctorat en 1961.

Sa première publication parait dans la revue Science. Elle  s’intitule « Le diamètre de la pupille et la mémoire ». En 1966/1967, il est chercheur au Centre des Etudes cognitives (center for Cognitives Studies) et maître de conférence en psychologie à Harvard ;

C’est alors que commence une longue et fructueuse collaboration avec Amos Tversky(AT), cité à de multiples  reprises dans le livre, lequel aurait certainement partagé le prix Nobel obtenu en 2002, s'il n’était pas décédé en 1996. Ils ont publiés de nombreux articles communs parmi lesquels le premier s’intitulait « La croyance dans la loi des petits nombres », mais aussi  « La Théorie des perspectives » ou «  Le jugement dans l’incertitude : heuristiques et biais/parti pris », autant de thèmes qui sont repris dans le livre .

Outre l'attribution du « Prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel » ( nom officiel du prix Nobel d’économie) pour ses travaux sur «  le jugement et la prise de décision », DK s'est vu décerner par l' "Association américaine de psychologie" un prix pour l’ensemble de son œuvre et de ses contributions à la recherche en psychologie. 

Il est aujourd’hui professeur émérite à l’université de Princeton.... Voilà pour le bonhomme.

Le livre : quelques généralités  à partir de 3 éclairages: l’auteur, la 4ème de couverture (vf), et mon ressenti personnel

Selon son auteur  l'objectif de ce livre  est «  d’améliorer la capacité du lecteur à identifier et comprendre les erreurs de jugement et de choix chez les autres et, en fin de compte chez vous-même , en proposant un langage plus riche et plus précis pour en discuter ».

Selon la  4ème de couverture de la version française, les questions  suivantes :

servent de fil rouge à cet ouvrage.

Enfin pour moi,... la lecture de ce livre, a   représenté un plaisir particulier: Celui de pouvoir mettre des "mots" sur de multiples situations   rencontrées au fil de ma vie tant professionnelle que personnelle,  et de mieux les identifier et les comprendre. …. Le constat de « Ah mais oui, c’est bien sûr !!! »….à presque chaque page  (Ex .. l'aléas judiciaire...).

Ceci étant dit, de quoi s’agit-il  plus précisément?

1ère partie : La Forme:      Un livre  "intelligible"/Une démarche pédagogique 

Ce livre qui  peut se lire, ainsi que  l'indique son auteur  "comme un psychodrame" entre les 2 personnages fictifs que sont le S1 et le S2 est divisé en cinq parties :

L'originalité de l'ouvrage, en terme de "forme",  tient à ses qualités pédagogiques, grâce, me semble-t-il, à 3 caractéristiques: Le « vocabulaire », les « tests » et les « résumés » de chacun des 38 chapitres, qui facilitent  la compréhension,  voire  l'appropriation,  des très nombreux constats et messages de l'auteur.

1-1) Un vocabulaire imagé et simple:

Autant les titres des chapitres et sous chapitre sont parfois un peu elliptiques, autant le contenu explicatif  utilise un vocabulaire parfaitement intelligible.

Seul l’emploi du mot: "heuristique", qui ne m'était pas familier m'a paru, au début, délicat.

Lorsque DK parle d'heuristique il  évoque un processus de substitution: Ex Pour répondre à une question complexe (la question "cible"), on lui substitue une question simple (la question "heuristique"). Il  s'agit pour lui "d'une procédure simple qui permet de trouver des réponses adéquates, bien que  souvent imparfaites, à des questions difficiles". Nous y reviendrons.

1-2) De nombreux tests et descriptions d'expériences auxquels le lecteur est associé:

Il s'agit là d''une « marque de fabrique » essentielle du document. Toutes  les affirmations de l'auteur s'appuient sur des test "psy" très simples, certains étant proposés aux lecteurs avant que les résultats soient donnés et commentés par l'auteur, d'autres étant directement décrits et expliqués.

Ces tests très simples commencent dès la première page  du 1er chapitre pour vous faire "sentir" ce que sont les deux personnages fictifs: S1 et  S2  cf Annexe 1: Les personnages de l'histoire.

Autre exemple de test,  explicitant  « l'effet d'ancrage » cf Annexe 2

L'implication  personnelle du lecteur  au travers de sa participation aux tests est recherchée par l'auteur: " Vous serez plus susceptibles d'apprendre quelque chose en étant surpris par votre propre comportement, qu'en apprenant des faits surprenants sur les gens en général".

1-3) Les  "En bref":

Qui  regroupent en fin de chaque chapitre 4 ou 5 phrases correspondant à des situations  du quotidien et illustrant les principales facettes du thème   Ex: Les Ancres « En Bref »  Cf Annexe n° 3

2ème partie : Le Fond :

Pour évoquer, à défaut de vraiment pouvoir résumer, la substance du livre je vous propose d'examiner successivement:

2-1) La Présentation des deux personnages S1 et S2:

S1  et S2 sont les deux personnages fictifs qui se partagent notre esprit. La prise en compte de leur personnalité respective (capacités/fonctions et limites) et de leur interaction, nous aide à  mieux comprendre comment se fabriquent nos pensées. C'est le postulat  de l'auteur. Faisons plus ample connaissance avec l'un ,l'autre et leur relation

Principales caractéristiques et limites du S1 et duS2:

Le S1 , la  pensée  rapide, procède aux opérations automatique ( 2X2=  ), détecte les relations simples (« ils se ressemblent tous », « le fils  est beaucoup + grand que le père ») et excelle quand il s’agit d’associer des informations sur un sujet ; il est  en permanence en activité, il est intuitif,  il fabrique nos impressions (CS : La pensée "Réflexe")

Ex: Steve est  une personne décrite comme: « docile et méticuleuse, qui a besoin d’ordre et de structure et se passionne pour les détails » ..... Question: s'agit-il  d' un agriculteur?....ou d'un bibliothécaire? C'est le S1 qui, dans la majorité des cas, choisira  le bibliothécaire.

Les limites du S1 : Il comprend mal la logique, il ne traite pas plusieurs questions distinctes à la fois et n’est pas apte à utiliser des informations statistiques pures; il est crédule; il ne peut être débranché et est soumis aux illusions  ; Il est impulsif

Ex L’ l’illusion visuelles   de Müller-Lyer cf Annexe n° 4

Le S2 , la pensée lente, est capable de raisonner ; il est prudent ;  Il a le pouvoir de suivre des règles, comparer des objets en fonction de plusieurs critères et effectuer des choix délibérés entre diverses possibilités. Il peut programmer la mémoire pour qu’elle suive des instructions court-circuitant des réactions habituelles. Il fabrique nos convictions. C'est le S2 qui se charge de douter et de ne pas croire (CS: La pensée "Réfléchie").

Les limites du S2 : il est paresseux, plus ou moins selon les individus, et fait difficilement bien plusieurs choses à la fois. Les activités qui impliquent des efforts interfèrent les unes avec les autres et c'est pourquoi il est difficile d'en mener plusieurs de front. (Ex : Téléphoner en continuant à marcher vite)

"Quand nous pensons à nous, nous pensons à notre S2, mais c'est le S1 qui est le héros du livre" dit DK

(CS: Nous "pensons"  être le S2,  ...sauf, que c'est souvent le S1 qui parle !)

Le fonctionnement du S1

Le  S1 et le  S2 ont des modes de fonctionnement complètement différents:

Le S1 surveille constamment ce qui se passe  et produit en continu des évaluations de divers aspects de la situation, sans intention précise et presque sans effort. Il entretient et actualise en permanence un modèle de notre monde personnel, de ce que nous percevons de normal. Sa vision du monde est plus simple et plus cohérente que la réalité.

Il fait presque tout sans que nous soyons activement conscient de ses agissements.

A partir de sa veille permanente, le S1 est la source de nos jugements intuitifs, de nos opinions sur presque tout ce qui croise notre chemin. Il met pour cela en œuvre des mécanismes et modes de fonctionnement  objet de la première partie. C’est une "machine associative"... à "conclusions hâtives" :

La Machine associative   et les phénomènes « d’amorçage » du S1 :

Une idée, un mot, une attitude en « amorce » une ou un autre!

L’association d’idées, dans un contexte donné,  est à la base de notre représentation du monde. La machine associative recherche les causes.

Ex Face au mot « pa-n », l’idée de « manger » amorce l’idée de « pain »,… alors que  l'idée « d' Oiseau » amorce l’idée de « Paon ».

Le mot, l'idée amorcée a une certaine capacité a en amorcer d’autres, quoique avec moins de force. (« Comme des ondes à la surface d’un étang »)

A partir de l' association des idées en cours d'activation  dans notre esprit, le S1 tisse la meilleure histoire possible.... avec cependant, un certain nombre de limites:

Le S1  Machine associative tire des conclusions hâtives:

En résumé l'essentiel de ce que nous pensons  et faisons provient de notre S1 intuitif et impulsif et simplificateur. Quand les choses se compliquent, ou se complexifient c'est le S2 qui prend la main et c’est normalement lui qui a le dernier mot.

Fonctionnement du S2

Le S2, lui, maîtrise les impulsions de S1. L'une de ses fonctions principales  est de surveiller et de contrôler les pensées et les actes  "suggérés"  par le S1. Il laisse  certains d'entre eux s’exprimer directement  dans le comportement, en modifie ou supprime  certains autres.

Il est actif dans la recherche mémorielle délibérée, les calculs complexes, les comparaisons, la planification et le choix.    Cf Annexe 8: Ex de La balle et la batte

 Le S2, en charge  du "contrôle" de soi, trouve ses limites dans le fait qu' il est paresseux, sensible à la loi du moindre effort, ( plus ou moins selon chacun de nous), notamment:

Notre S2 croit que c’est lui qui est aux commandes et qu’il connait les raisons de ses choix alors que les phénomènes d’amorçages se déroulent dans le S1 et  nous n’y avons aucun  accès conscient.

Le contrôle du S1 par le S2 est en fait partiel ( Rappel de l'Annexe n° 5)

Les mécanismes et les limites du S1  d'une part, et le  contrôle souvent partiel du S1 par le S2, d'autre part, ont pour conséquence de nombreux biais cognitifs.  Les 2ème et 3ème  parties du livre leur sont plus spécifiquement consacrées.

2 -2 ) Biais, partis pris, Illusion....les limites de nos intuitions et de la rationalité de nos jugements choix  et décisions:

Nous en avons déjà évoqué certains ( l’effet de halo, l’ancrage…). J'en ai retenu quelques autres, qui concourent à expliquer notre tendance à favoriser la certitude par rapport au doute :

Notre prédilection  pour l’explication  causale au détriment des "simples  statistiques "

Finalement, comme le rappelle l'auteur : "les « causes » écrasent « les statistiques »" !

Le recours inconscient aux « heuristiques » ( substitutions…):

L'heuristique de la disponibilité (d'exemples) qui substitue le nombre d'exemples qui viennent à l'esprit à la fréquence de l'évènement  Ex  En bref: "A cause de la coïncidence de 2 accidents d'avion le mois dernier , maintenant elle préfère prendre le train. C'est idiot. Le risque n'a pas vraiment changé, c'est un biais de la disponibilité"

L'heuristique de la représentativité qui fonde un jugement sur la "Représentativité" (ressemblance / similarité avec des stéréotypes) est souvent substitué à la "Probabilité" (référence au taux de base) qu'il était censé évaluer ;

La surestimation du facteur « Talent » par rapport au facteur « Chance »:

DK  résume ses observations et expériences sur les causes du succès  par  2 "équations" :

...sachant que plus la chance  intervient, moins il y a de leçon à tirer, ce, qu'en général, nous n'aimons pas!

Ces différents biais cognitifs, issus  du S1, ont une influence plus ou moins grande, selon chacun de nous, de notre contexte personnel et environnemental. De nombreuses situations accentuent toutefois notre vulnérabilité. Il en est ainsi lorsque la fonction de contrôle du S2 est amoindrie (occupation sur une autre tâche,   bonne humeur, situations de pouvoir...) …ou lorsque l'on laisse une trop grande place à son intuition...

L'excès de confiance en soi

L " excès  de confiance en soi", est l’objet de la 3ème Partie de l'ouvrage. L’auteur y met  en évidence les limites de l'approche intuitive du Système 1, en se référant, entre autre, aux écrits de Nassim Taleb , trader- statisticien - philosophe et auteur du "Black Swan".

Différents types d’illusions cognitives y sont analysées, parmi lesquelles les "illusions de compréhension",  de "validité", de "talent" , de « prédiction valide », dont il ressort que:

La confiance qu'ont les individus dans leurs convictions dépend essentiellement de la qualité de l'histoire explicative qu'ils peuvent raconter sur ce qu'ils voient ,..... même s'ils ne voient pas grand chose. La "qualité" de cette histoire est  liée à sa simplicité, à son côté concret, au beau et mauvais rôle qu'elle accorde au talent, aux "intentions" plutôt  qu'à "la chance" et se concentre sur quelques évènements marquants qui ont eu lieu , plutôt que sur les innombrables évènements qui ne se sont pas produits. "Notre conviction rassurante que le monde a un sens repose sur une fondation solide: notre capacité presque sans limite à ignorer notre ignorance";

Ex Les récits sur l'ascension et la chute des entreprises offrent ce dont a besoin l'esprit humain: un message simple, mettant en scène triomphe et échec, identifiant des causes claires et taisant le pouvoir déterminant de la chance et de l'inévitabilité de la régression vers la moyenne.

Notre tendance à construire des récits cohérents du passé et à les croire, fait qu'il nous est difficile d'admettre les limites de nos capacités à prédire le futur. Avec le recul, le fait que  tout semble avoir un sens n’élimine pas l’imprévisibilité du monde ( ce qu'exploitent les experts financiers, politiques,.... qui chaque soir, décrivent de façon convaincante les évènements du jour! -    cf Annexe n° 9-  Le Hérisson et le Renard,)

Dans un autre  chapitre intitulé, " les intuitions contre les formules" DK souligne notre préférence pour le jugement humain par rapport au résultat d'une formule,  tout en montrant, exemples à l'appui, que dans de nombreux cas un simple algorithme a fait aussi bien ou mieux que les "experts" .Cf Annexe n°10   ( Le Prix du Vin : algorithme ou expert)

Dans nos choix, décisions et jugements la certitude étant trop souvent favorisée au détriment du doute, DK propose entre autre d' essayer de suivre la règle selon laquelle  « on ne saurait avoir confiance dans l'intuition, en l'absence de régularités  stables dans l'environnement » .

2-3) Les biais ...et  la théorie économique:

Dans la quatrième partie du livre, intitulée "Faire le bon choix" DK, part de la dimension psychologique du comportement de « l’HUMAIN » dans la vraie vie, et  "questionne" les limites de la théorie économique classique avec son modèle de "l'agent rationnel" , l'homo économicus, baptisé « l' ECON »,  qui vit dans la théorie, prend ses décisions et fait ses choix économiques hors de toute  émotion ou sentiment.

Parmi les divers aspects qui y sont examinés, je  retiendrai plus particulièrement ceux relatifs à   sa "Théorie des perspectives" issue des travaux menés en commun avec AT.

Dans la théorie des perspectives, l'estimation de valeur d'un bien dépend plus des espérances de gains et de pertes qu'il représente que de la valeur de l’actif proprement dit, ce qui permet de révéler 3  facteurs caractéristiques de la décision de l'HUMAIN  en matière de choix et de risque:

Cf Annexe N° 11 Aversion du risque…..et aversion de la perte

Les conséquences de  l'effet  " aversion à la perte", se retrouvent dans de nombreuses situations, qu’elles soient générales :

En fait, selon DK, "l'aversion à la perte" qui relève des opérations automatiques du S1, s'inscrit dans un contexte biologique et psychologique où le négatif domine le positif. Où, autrement dit, les menaces sont prioritaires par rapport aux opportunités.  Cf L'article Bad is stronger than Good : Ex du cafard dans un bol de cerise, qui suffit à vous dégoûter...... et de la cerise qui ne rendra pas attractif un bol de cafard! Les mauvaises impressions et les stéréotypes négatifs se forment plus rapidement et sont plus résistants à la contradiction que leurs équivalents positifs . Ex : Pour John Gottman, expert en relations conjugales, pour qu'une relation soit stable, il faut que les bonnes intentions dominent les mauvaises à au moins 5 contre 1.

(Voir  en synthèse l' Annexe N° 12  le "Fourfold Pattern" ( Matrice 2x2), Gains /Pertes et Probabilité Elevée / Faible et l'Annexe 13 Le Paradoxe d'Allais)

De nombreux autres facteurs  font que l'HUMAIN ne réagit pas en situation de choix, avec la rationalité théorique de l'ECON. Ils  sont analysés par DK dans cette 4ème partie. Je vous y renvoie pour plus d'information sur notamment: L'"effet dotation" (se séparer d'un bien est plus douloureux que le plaisir de l'acquérir); "Le poids des évènements rares ou saillants" ( notre esprit ne se prête pas à l'estimation objective d'évènements rares);  "les comptes mentaux et le "sophisme des coûts irrécupérables", (Mettre de nouvelles ressources dans un compte déficitaire, alors que de meilleurs placements sont disponibles )-  .......

Finalement après avoir constaté que"la vie est plus complexe pour les économistes comportementaux que pour les économistes de l'école de Chicago"  l’auteur observe :

La  5ème et dernière partie du livre  s'intitule  "les deux facettes du moi". L'auteur y questionne également le modèle de « l’agent rationnel ». Il y évoque comment fonctionne le « Moi expérimentant » qui s’occupe du « vivre ici et maintenant » et le « Moi mémoriel » (construction du S2) qui compose des histoire et les met de côté pour qu’elles servent de références futures. DK y souligne à quel point le fait de confondre « expérience » et « souvenir » que l’on en a, constitue une puissante illusion cognitive. Les goûts et les décisions sont façonnés par les souvenirs, et ces derniers peuvent être faux. Il démontre comment dans l’évaluation intuitive que nous faisons qu'il s'agisse de brefs épisodes ou de période de vie, ceux sont les « pics » et les « fins » qui ont une importance, et pas la durée…Il étudie aussi différents autres aspects liés notamment au concept d’utilité en distinguant « l’utilité de décision » (l’espérance d’utilité) qu’appliquent les économistes (Cf-4ème partie), de « l’utilité expérimentée » mettant en jeu douleur, plaisir…et bonheur....objet des  plus récentes recherches de l'auteur. Je ne saurais  entrer plus dans le détail  de ces différents points, sans faire éclater le cadre du temps qui m'a été imparti.  Je vous propose de passer à la ….

 

...3ème et dernière partie :       SI/S2 …et la Complexité ?

Cette analyse de la façon dont nous  fabriquons nos choix, jugements,  décisions, et  comportements avec les différents biais associés, offre à mes yeux, un certain nombre de passerelles avec  le sujet de " la Complexité"  et ceci à plusieurs titres . Je retiendrai 4 pistes de réflexion ou interrogations concernant ces  divers points de rencontre:

1°)    Le Simple / le Complexe et  les 2 vitesses de la pensée S1/S2:

A l'évidence, l'approche de la Complexité ne saurait relever de cette pensée "réflexe", automatique, rapide, simplificatrice, privilégiant les certitudes et l'explication causale, personnalisée au travers du S1. Elle suppose un passage par  la "pensée réfléchie", du S2. (cf le Renard de l'Annexe 13)

Rappelons nous simplement que celui ci est plus ou moins paresseux, plus ou moins disponible. Il nécessite à chaque fois où il intervient un effort et du temps. Essayer d'appréhender l'interaction entre agent,  le monde de l'incertitude ou de l'imprévisible n'a rien d'évident et le réel effort que cela suppose pour se démarquer de la pensée intuitive s'éclaire, à défaut de se réduire!

A l'issue de ce livre, que le complexe relève du S2 me semble intégré par l'automatisme de mon S1!

 

2°) S1/S2 ,  Le Simple / le Complexe et....... Action / Réflexion:

"La prise en compte du " Complexe" nourrit la réflexion, alors que "Le Simple" facilite l'action", constitue l'une de mes fortes convictions....

Cette affirmation est certainement trop simplificatrice ( et contestée par JL Lemoigne) mais, pour moi, elle traduit une certaine forme de ma vérité....et  m'aide à maîtriser d'éventuelles  impatiences  à l'issue de  certaines de nos réunions,  qu'illustrent des interrogations telles que: " "A quoi cela sert?", " Concrètement, sur quoi cela débouche?", "A quoi peut-on l'appliquer concrètement?"

L'approche S1/S2 m'apporte un éclairage additionnel. En effet:

Ce qui renvoie à la question de comment maîtriser, optimiser l'articulation entre S2 et S1, et au delà entre simple et complexe?....Question qui me permet de vous indiquer que DK, ici où là,  aux détours de son livre  précise quand et comment, dans certaines circonstances on peut (on doit) faire jouer S2 vis à vis de S1....

3°) S1/S2 et L'imprévisibilité de l' Humain:

Les différents biais et illusions, auquel l'Humain est sujet, mis en évidence tout au long de l'ouvrage,  ont comme conséquence de soumettre les choix jugements décisions humain à l'aléa, ce qui exprime  combien l'Humain, l'individu est "imprévisible".

Dans une approche, relevant de la métaphore, je ne peux m'empêcher de faire le parallèle entre cette "imprévisibilité de l'humain" et l'imprévisibilité du comportement de la particule élémentaire du monde quantique; et à  l'opposé, le même type de parallèle, peut être fait entre  la prévisibilité d'ordre probabiliste d' un  collectif  d'humains comme d' un collectif de particules.( Nous l'avons un peu évoqué lors de notre dernier Santa Café....)

Question?: S'agit-il d'une simple "intuition" simplificatrice de mon S1, une fabrication "cohérente" de mon S1 ? Ce qui est sûr c'est qu'il faudrait que mon S2 se mette en route, pour vraiment comprendre ce que signifie la notion d'imprévisibilité ou prévisibilité probabiliste en mécanique quantique ou en physique statistique...et comme je vais vite atteindre les limites, que vos propres S2 viennent à la rescousse ...ce qui me renvoie à:

4°) S1/S2 et le fonctionnement du Groupe émergence:

Mettre plus souvent  en action son S2 pour mieux maîtriser son S1 devrait me semble t-il nous permettre de répondre plus facilement à l'un des souhaits exprimé par plusieurs membres du Groupe au travers du questionnaire lancé à l'occasion de la centième sur le fonctionnement du groupe, à savoir:

" Soutenir le présentateur et contrôler le ton des critiques" (cf mail de MB "La 100ème" du 28/11/13)!

Conclusion

Pour conclure cette présentation du livre de DK je voudrais  tout simplement terminer par un conseil... de « non lecture ».... à tous ceux qui  :

.......ils pourraient regretter d'avoir   investi 22€ pour rien.

Pour tous  les autres bonne lecture!

 

     Groupe Emergence Paris                                                                       Claude Sidobre le 16/12/2013